médicaments essentiels > note n°2

À force de sacrifier l'essentiel pour l'urgence,
on finit par oublier l'urgence de l'essentiel.

Edgar Morin ; La méthode, Éthique - 2004.

Établir une liste de médicaments essentiels (ME) dans un pays riche n’est pas de même nature que dans un pays pauvre, comme cela a été fait par l’OMS. Il s’agit ici de donner la priorité à ce qui est nécessaire et suffisant pour traiter efficacement 95% des patients et accessoirement de faire des économies. L’objectif est avant tout au bénéfice des patients.

De telles listes, qui répondent à une préoccupation parcimonieuse, seront nécessairement restreintes (entre 100 et 200 molécules de produits actifs différents).

A côté d’une liste de ME doit exister une liste complémentaire de médicaments nécessaires et suffisants pour les affections plus rares (5%).

Il convient de mener de front trois démarches
1) établir une première liste par une négociation entre un groupe de praticiens généralistes et un groupe d’internistes
2) faire adopter cette liste et élargir progressivement le nombre de prescripteurs parmi les généralistes et les internistes, puis parmi les spécialistes, en s’assurant par une évaluation régulière que les prescripteurs perçoivent l’intérêt de cette orientation et la mettent en pratique dans leurs prescriptions à de plus en plus de patients.
3) informer de façon critique l’ensemble des professionnels de santé et les patients.

Il existe environ dix mille maladies (CIM10)[1] et six à huit mille médicaments sont disponibles.
Un nombre croissant de patients, surtout parmi les sujets âgés, souffrent simultanément de plusieurs maladies (comorbidité).
Comment aider les généralistes à optimiser leurs prescriptions et le suivi de chacun ? Les logiciels d’aide à la prescription devraient progressivement mettre en position préférentielle les ME.

Chaque médecin prescrit au plus une centaine de médicaments différents. Cette donnée doit être confirmée. Il est probable que ceci se vérifie dans des pays différents.
L’objectif à moyen terme serait donc de faire coïncider la liste des ME et la liste limitée de chaque généraliste et dans un temps ultérieur, de chaque spécialiste.
Il faudrait connaître avec plus de précision la structure de ces prescriptions (répartition des pathologies, et répartition des médicaments – état actuel) en relation avec l’intensité prescriptive et avec l’intensité de la promotion commerciale à laquelle les médecins sont exposés.
Ces savoirs sont à portée de la main.

Jean-Claude Salomon
Janvier 2015

[1] Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes